Car subversives ?
La campagne de pub pour le nouvel album de Damien Saez (on aime ou on n’aime pas) a été retirée des affichages de la capitale (Paris). Pourquoi ? l’ARPP, l’Autorisation de Régularisation Professionnelle de la Publicité, a estimé que l’affiche – une femme demi-nue dans un caddie – intitulée « J’accuse » présentait « un caractère dégradant pour l’image de la femme ». Dans une interview à Elle, le chanteur a réagi : « Cette décision me donne surtout envie de vomir. Il n’y a pas de liberté d’art, pas de liberté de message. Moi, je trouve la photo magnifique. La fille aussi l’est. Je trouve que c’est un belle-réponse au pop-art d’Andy Warhol : la fille fait très « nouvelle Marilyn Monroe ». Au final, on protège plus le caddie que la femme ». Pour l’auteur du cliché, Jean Baptiste Mondino, la photographie exprime « une certaine obscénité de la consommation. Soit le niveau d’interprétation est soudainement très bas, soit la polémique n’est plus possible. Dans les deux, c’est une mauvaise nouvelle ».
Récemment aussi, la publicité d’Heligoland, le nouvel opus de Massive Attack, était proscrite du métro londonien au motif qu’elle ressemblait trop à un graffiti [sic].
Là, la censure touche la pub. « Que » la pub. Et non, la production artistique. De (trop) nombreuses pochettes d’album ont été supprimées/modifiées/retouchées dans l’histoire du rock’n'roll. Des paroles aussi, jugées trop choquantes. Petit palmarès de la censure. Illustrations à l’appui.
En 2001, The Strokes sortent Is This It. La femme nue, main gantée posée sur, disons la hanche, est remplacée, sur la version américaine, par une image de particules en collision. Au-revoir la référence à Smell the Glove, une pochette d’album fictive décrite dans Spinal Tap. En plus, New York City Cops (« they ain’t too smart ») n’apparait pas. Paroles, paroles : trop subversif aussi, le refrain de Let’s Spend The Night Together est changé en Let’s Spend Some Time Together alors que les Rolling Stones passent à la télé US, à une heure de grande écoute (de surcroît). Idem, chantée par Elvis « The King » Presley, dans la reprise One Night Of Sin de Smiley Lewis, le vers « One night of sin is what I’m paying for » devient « One night of sin is what I’m praying for ». Plus sage certes, mais dénaturé, le sens.
Les pochettes, donc. En 2008, Virgin Killer des Scorpions suscite la polémique en Grande-Bretagne. Again. En 76, la jaquette représentant une fillette nue avait déjà été censurée. Une photo du groupe allemand avait alors été préférée au cliché scabreux. Il y a deux ans, Wikipedia publiait la pochette originale et voyait l’accès de l’encyclopédie en ligne restreint outre-manche. Car elle relevait de la « pornographie enfantine ». Pornographie, toujours : 30000 exemplaires du Unfinished Music No. 1: Two Virgins de John Lennon et Yoko Ono ont été saisi dans le New Jersey en 69 (année érotique, pourtant). En Amérique, le disque a été distribué emballé dans du papier kraft. En déballant, le consommateur découvrait le couple hippie tel Adam et Eve. Et pour l’anecdote : de face au recto, de dos au verso.
John Lennon, avec les Beatles ce coup-ci, ont déjà été sujets à la censure. En 1966, pour Yesterday and Today. Les Fab Four apparaissent entourés de poupées décapitées et de pièces de barbaque dispersées. Sanction directe : l’image est retirée du marché.
Les lecteurs et aficionados mâles regrettent probablement encore la censure de Country Life de Roxy Music (deux filles en petite tenue, très petite tenue) en 74, de Slippery When Wet de Bon Jovi en 86 (des attributs féminins débordent d’un t-shirt mouillé) et de Amorica, album de The Black Crowes datant de 94. Où des poils dépassent d’un bas de bikini. Une photo tirée d’un vieux numéro du magazine Hustler.
Bon, les artistes, est-ce clair ? On-ne-touche-pas-aux-enfants-ni-aux-dames-ni-aux-caddies. Gardez votre regard de beau brun ténébreux (en très gros plan). Et posez plutôt ostensiblement une cigarette à la bouche (pour l’air rebelle). Ah, non. La loi Evin l’interdit.
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